Peut-on espérer une intelligence réelle de la problématique de la production électrique française en ce début d'année 2023 ? Espérer de la part de nos élus au niveau national… de la part des ministres de l'Environnement présents et passés… de la part des élus locaux - communes, communautés de communes, d'agglomération, départements et régions… de la part des habitants jeunes et moins jeunes ?

Alors que l'actualité de la crise de l'énergie, illustrée par le conflit russo-ukrainien, chamboule l'équilibre insensé de la production électrique européenne.

Un diagramme éclairant : 8 semaines de production électrique en France

Le diagramme suivant est issu de la page éCO2mix du site RTE exprimant cette problématique … en France.

huit semaines 22 23

 (la ligne du haut donne les puissances de ressources françaises + export/import, la colonne de droite indique les pourcentages des différentes sources électriques françaises – ce à 14h, le mardi 24/01/2023)

 Les semaines 48 à 51 semblent montrer un profil classique, pour la France, à cette période de l'année, lorsque le vent ne donne pas : le nucléaire fonctionne à plein régime – du moins la ressource nucléaire disponible à ce moment là (cf. infra). Alors ce sont les semaines durant lesquelles bien souvent la France importe, en l'absence de vent.

Et, ce à prix fort, puisque cette absence de vent, sensible aussi ailleurs en Europe, laisse élevé le prix du marché. A noter que durant ces semaines la disponibilité nucléaire a augmenté (remise en fonctionnement de centrales, disponibilité passant de 35 GW à 40 GW), diminuant l'appel aux ressources internationales alors que pourtant la consommation reste forte.

Les semaines 51 (année 2022) à 03 (année 2023) allègent considérablement la balance. Le vent souffle… et la France devient exportatrice d'électricité EDF, RTE l'annoncent, les agences AFP et AP aussi. De nombreux experts pro-éoliens se félicitent et chantent la gloire de ce mode de production pour l'avenir. Une lecture plus précise montre pourtant que les exportations, durant lesquelles de nombreuses économies de nos voisins tournent aussi au ralenti, sont bien sûr dues à l'éolien… et au nucléaire que l'on force lui-même à sous-produire (25 à 38 GW) par moment, malgré sa disponibilté à 42 GW (semaine entre Nöel et le Nouvel-an [besoins faibles en France et chez nos voisin]) : ceci venant du fait que pour l'instant les énergies intermittentes éolien et photovoltaïque sont prioritaires (obligation d'achat) alors que le nucléaire apparaît alors comme la ressource pilotable que l'on peut sacrifier, quitte à amoindrir la rentabilité économique (et aussi écologique) des réacteurs.

Les semaines 03, 04 ramènent des hautes pressions assez stables : le vent faiblit… La ressource nucléaire  – disponible en ce moment, 44 GW – est alors trop faible pour conserver le régime d'exportation.

Le 27 janvier 2023 (jour de la rédaction des présentes lignes) le vent se remet à souffler un peu (le facteur de charge instantané atteint 35%) et les exportations renaissent pour quelques heures.

Il serait bon de se rappeler qu'en France la ressource installée nucléaire atteint 61 GW et qu'habituellement à cette période de l'année la puissance produite est de l'ordre de 55 à 58 GW. La différence entre les 40 GW permis mi-décembre et ces puissances légitimes aurait pratiquement effacé la nécessité d'importation durant les premières semaines de décembre… et, ce, sans l'éolien !

Des réflexions simultanées sur la mise à jour des programmes de construction de ressources électriques ?

Depuis l'automne les assemblées françaises, Assermblée Nationale et Sénat, se penchent sur la programmation des ressources électriques à venir.

Accélération sur le renouvelable de tous types… et accélération sur le nucléaire.

 Le problème ? C'est que ce n'est pas tout à fait 'en même temps'. Les limites imposées, en pratique, à EDF et à l'industrie électronucléaire française, depuis des années, la désindustrialisation (les retards et déboires de l'EPR de Flamanville)… ne peuvent être corrigées à l'issu d'un discours : il y faut des années de volonté pérenne.

Or les besoins sont apparus, pour le public [et à ce sujet, de nombreux députés ne sont pas plus informés que le grand public], pressants. Les (très) hauts prix de l'électricité depuis des mois font alors le régal des promoteurs éoliens, affirmant gentiment qu'un tel fait est une manne financière pour l'Etat (qui récupèrerait la différence entre ce prix du marché et le montant des contrats d'achat de l'électricité éolienne). Les promoteurs suggèrent ainsi que des ressources financières (imprévues) peuvent permettre de garantir un prix de réglementés.

Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd ; cf. :

"… Et parce que ça rapporte ! En ayant investi 8 milliards d’euros par an dans les énergies renouvelables par le passé pour garantir des tarifs aux producteurs, l’État a touché plusieurs milliards en 2022 parce que le prix de l’électricité a explosé. Cela nous permet de financer pour partie le bouclier tarifaire." Dixit Bruno le Maire (https://www.lejdd.fr/politique/bruno-le-maire-au-jdd-nous-passerons-au-peigne-fin-toutes-les-depenses-132063)

Bien sûr, ces affirmations ont été critiquées. On peut lire à ce propos la page internet suivante :

https://www.lefigaro.fr/vox/economie/contrairement-a-ce-qu-elle-affirme-la-filiere-eolienne-ne-rapporte-pas-d-argent-a-l-etat-20230123

Donc : plutôt faire marcher la planche à billets (la France est devenue en 2022 globalement importatrice d'électricité) que de s'interroger sur la pertinence du marché de l'électricité européen.

Alors ?

Alors, on lève maintes restrictions sur l'éolien (possibilités de recours juridiques, protections environnementales), même pour l'éolien terrestre, de façon à accélérer le traitement des dossiers en cours, des projets existants.

Sans s'occuper des problèmes non résolus concernant la santé des hommes ou des animaux d'élevage. Cf. Les pages du blog de Vents et Territoires – pages des 16 et 19 janvier 2023. Ainsi que le rapporte un éleveur de la Somme

"Le conseiller environnement de Monsieur Macron, Paul Delduc, m’a clairement fait comprendre que les lois pour promouvoir les énergies renouvelables étaient votées pour 20 ans, et qu’on ne pouvait absolument pas les modifier, plus rien faire pour les arrêter."

 Cette même page présente la carte des éoliennes de la Somme, dont des députés (souvent EELV) s'offusquent que l'on puisse parler de saturation ressentie par les populations de ce département.