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Dans le cadre des modifications des PPE 2019, pour satisfaire à la LTECV, modifiée partiellement pour repousser le projet 2025 à l'année 2035, RTE propose plusieurs scénarios, afin de montrer quel pourrait être le mix électrique menant à une diminution plus ou grande du nucléaire, et une production de CO2 diminuée en ce qui concerne la production d'électricité.

Ce qui est remarquable dans ces scénarios est la faiblesse réelle de l'évitement CO2 qui est à espérer, compte tenu du fait que la production actuelle est déjà à 95 % décarbonée.

Ici nous allons commenter en détail le scénario dénommé “Ampère”

 

2016

2035

consommation brute (TWh)

481

483

production (TWh)

530

635

   2016  2035

%nuc. prod.

72

46

%nuc. conso.

80

61

%fossile prod.

9

4

%EnR prod.

19

50

Remarques

  • la différence entre la consommation brute et la production, que ce soit en 2016 ou en  2035 comporte deux partie : les pertes sur le réseau de transport (~ 2,5% en HT, ~ 4,5% en BT) et les exportations.

  • parmi les 19% de production EnR 2016, l'hydraulique est de loin la plus importante (13-14%).
  2016 2035

puissance nuc. GW

63,1

48,5

prod. nuc. (TWh)

384

294

facteur de charge

0,694

0,691

   2016  2035

puis. foss. GW

20,4

13,2

prod. foss. (TWh)

44,5

27,6

facteur de charge

0,249

0,239

     

puis. EnR GW

46

148,5

prod. EnR (TWh)

101

314

facteur de charge

0,251

0,241

 Remarques

  •  les valeurs surlignées en jaune sont évaluées par nous. Le facteur de charge est obtenu comme le rapport de la production (passée, ou attendue) d'une source donnée à celle qu'elle aurait fournie, si elle avait fonctionné à sa puissance nominale pendant la totalité des 8760 heures d'une année. Ce facteur de charge comporte plusieurs aspects : disponibilité (ou indisponibilité) de la source [entretien, rechargement…], intermittence fatale (cause extérieure : eau, vent, soleil…], aspect pilotable ou non de la source [participation ou non à l'équilibre instantané de la production/consommation de l'électricité].
  • la (relative) faiblesse du facteur de charge de la source nucléaire est due au fait qu'actuellement et dans le futur le nucléaire français participe grandement au pilotage de la production [dans de nombreux pays les réacteurs nucléaires ne sont prévus que pour fonctionner en base seulement : le facteur de charge (disponibilité) est alors autour de 90%].
   2016 2035

puis. eol. terrestre GW

11,7

52

prod. eol. terrestre (TWh)

20,9

115

facteur de charge

0,204

0,252

     

puis. eol. mer GW

0

15

prod. eol. mer (TWh)

0

47

facteur de charge

 

0,358

   2016  2035

puis. PV GW

6,8

48

prod. PV (TWh)

8,3

58

facteur de charge

0,139

0,138

     

puis. hydrau. GW

25,5

25,5

prod. hydrau. (TWh)

63,5

67,8

facteur de charge

0,284

0,304

 

remarques

  • les puissances installées des sources “fatales”, non-pilotables et intermittentes que sont l'éolien et le solaire PV, sont très fortement accrues. L'évolution du facteur de charge attendu pour les éoliennes correspond à ce qui est espéré du fait de l'augmentation de la hauteur des éoliennes (en plus de la possibilité d'augmentation de la puissance individuelle). Dans nos régions les éoliennes prévues dans les projets atteignent 180 m (en bout de pales) ; le facteur de charge prévu atteint 27% (ces éoliennes, construites éventuellement d'ici quelques années fonctionneraient bien sûr en 2035, avec d'autres plus basses de facteur de charge inférieur.
  • le facteur de charge du solaire PV est physiquement déterminé par l'ensoleillement (hauteur du soleil sur l'horizon, prévision statistique de la nébulosité). Sa faiblesse n'interdit pas une augmentation éventuelle du rendement des panneaux, augmentation qui est intégrée dans la puissance crête installée.
  • la puissance installée de l'hydraulique est considérée ici comme constante. Cette ressource pilotable demande de très gros investissements et le temps de mise en œuvre est long (pour les électriciens 2035 est proche).
   2016  2035

puis. fatale  GW

18

115

puis. pilotable GW

111

94

puissance totale installée GW

129

209

     

émissions CO2, Mt/an

22

12

 remarques

  • la diminution de la puissance pilotable (réacteurs nucléaires atteignant leurs 40 ans), la disparition des centrales fioul et charbon remplacées par des centrales gaz (turbine à gaz pour le suivi fin, centrales gaz à cycle combiné pour le suivi) ne mènent qu'à une baisse relativement faible des centrales pilotables non-hydrauliques. Ces centrales restent, en 2035, même pour RTE, absolument nécessaires malgré le fait qu'elles sont sales (CO2, déchets nucléaires…).
  • l'augmentation impressionnante de la puissance intermitente, qui demande des investissements gigantesques (investissement des centrales éoliennes et PV, investissement de augmentation des lignes BT, HT … et THT, investissements de gestion fine des productions multiples, localisées pour l'équilibre production/consommation.
  • l'évitement de CO2 présenté dans ce scénario est faible : 10 Mt/an alors que l'ADEME en 2017 a estimé à 8 Mt/an l'évitement fourni par la ressource éolienne actuelle (émissions passées de 30 Mt/an à 22 Mt/an). Attribués aux 142 TWh éoliens supplémentaires (2035 par rapport à 2016) l'évitement serait de 70 gCO2/kWh. La différence avec ce qui est annoncé par les promoteurs lorsque qu'ils présentent un projet : 300 à 700 gCO2/kWh. RTE insiste sur le fait que les exportations prévues, conséquentes, dans ce scénario, correspondront à une baisse de la production de CO2 du système électrique européen de l'ordre de 50 MtCO2/an… soit un évitement (européanisé) de 350 gCO2/kWh ! Foin, donc, de la production électrique localisée ! Ce n'est pas grave, le financement d'investissement n'est pas, non plus, local, le prix de l'électricité, payé par le consommateur, lui, l'est.

 

Le lecteur intéressé trouvera d'autres aspects de ce scénario Ampère, ainsi que des autres, Volt, Hertz et Watt donnant des variantes — moins de production, plus de gaz… plus du tout de nucléaire (au choix) — dans un article de Bertrand Cassoret. L'analyse de l'auteur insiste sur le fait que même RTE réalise que le risque de coupures de courant est, dans ce futur proposé, plus important qu'il ne l'est aujourd'hui.

Ces critiques s'ajoutent à celles de nombreux autres auteurs : Sauvons le climat, Jean-Pierre Riou, Sauvons le climat, … ou à celle du bloggeur du Monde, Sylvestre Huet. Si vous voulez éviter le CO2 l'éolien n'est sans aucun doute pas la solution, en France à l'heure actuelle !