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Message d'alerte

« Tout proche de l’Ile de France, ce territoire où se révèle une campagne préservée n’est pas pour l’instant le lieu d’une urbanisation intensive. Mais c’est là que se situent les enjeux, et tout développement mériterait un accompagnement vigilant, pour limiter les risques de déstructuration. »  Inventaire des paysages de l'Aisne, sud du département. CAUE de l'Aisne, 1999.

Parcouru par des chemins de grande et petite randonnée, ce territoire plein de charme : bosquets, collines, vallées et vallons… révélant des paysages intimes le long des rus et rivières, des paysages de grande ampleur… jusque l'infini, presque, de champs ouverts, de douces ondulations… sous le soleil des moissons ou les vents humides et glaiseux des hivers.

Parcouru par de petites routes au fond des vallons ou montant successivement sur les hauteurs pour passer d'une vallée à l'autre. Routes de liaisons empruntées par les habitants vers bourgs et petites villes centres, empruntées par les visiteurs des sites de mémoire… dans ce territoire marqué par les invasions destructrices…

Evolution en 15 ans …

Sur un des sommets, le village d'Hautevesnes, plateau ouvert à tous vents, au centre d'un paysage infini. Lieu où se sont posées les premières éoliennes de l'Orxois… aux premières loges maintenant des visions sur les parcs éoliens de l'Orxois/Ômois.

Premières éoliennes de hauteur 126 m, jusque … 180 m maintenant pour les nouveaux projets. De telles machines sont visibles à des distances gigantesques… jusque 20 km sans problème [à 20 000 m une éolienne de 180 m est vue sous un angle de 30 minutes, si le profil topographique ne la cache pas ; ce qui est parfaitement visible (l'œil humain distingue normalement 1 minute d'arc !)].

En nous limitant aux parcs existants ou en projet plus ou moins avancé, au sud de l'Ourcq on compte 74 éoliennes… sur un espace de moins de 15 km de rayon.

Hautevesnes resume carte petite

carte des parcs éoliens du sud de l'Orxois

fond de carte topographique ©IGN, couches départementales diverses ©data.gouv.fr, couche de carte des éoliennes construites ou instruites (étoiles de couleurs diverses) ©http://carto.geo-ide.application.developpement-durable.gouv.fr/943/eolien.map

points rouges : emplacements des projets d'Essômes, de Lucy/Marigny (APPEISA, renseignements lors des réunions d'information).

Que voit-on depuis Hautevesnes ?

Dès maintentant il est aisé de nous rendre compte de l'importance paysagère des éoliennes… Outre les éoliennes d'Hautevesnes, on aperçoit sans difficulté celles des parcs proches : Saint-Gengoulph/Marigny-en-Orxois, Priez/Courchamps, Neuilly-St-Front/Monnes, même si certaines bases sont masquées par des arbres… celles du parc de Charly-sur-Marne, petites et lointaines.

Quel avenir, donc ?

La géomatique (SIG) moderne permet avec un peu de travail et de soin de préciser quelles seront les éoliennes visibles de cet ensemble de 74 éoliennes. Le diagramme suivant est obtenu en tirant le profil topographique entre l'observateur (un point choisi en bordure du village de Hautevesnes) et 17 de ces éoliennes [bien sûr le bâti cache toujours une portion de l'horizon, mais faire le tour du village, à pied, ou en sortir en voiture par les différentes petites routes, permet de tout voir].

La présence d'arbres (de hauteur limitée, néanmoins par rapport à la taille hors tout des éoliennes), la topographie (collines) entre l'observateur et l'éolienne peuvent cacher tout ou partie (base, nacelle, portion) des éoliennes à l'observateur. Les hauteurs des éoliennes, des nacelles sont disponibles sur le site carte.geo.ide cité ci-dessus. Celles des projets les plus récents proviennent des réunions d'information.

Depuis la gauche (observateur à Hautevesnes), les distances sont variables d'un parc à l'autre, et à l'intérieur d'un parc pour l'observateur : d'où les mélanges de couleurs.
    rouge : Hautevesnes (6 éoliennes)    –    bleu : Priez/Courchamps (7 éoliennes)   –   vert : Chézy/st-Gengoulph (5 éoliennes)   –   bleu-gris : Monthiers/Bonnevalyns/Sommelans (12 éoliennes)   –   gris clair : Neuilly/Monnes (8 éoliennes)   –   violet : Marigny/Lucy (6 éoliennes)   –   orange : Coupru (5 éoliennes)   –   rouge : Essômes (5 éoliennes)    –   bleu : Charly (11 éoliennes)   –   vert : Montgru/Latilly (4 éoliennes)   –    violet pointillé : Rocourt/Armentières (5 éoliennes)

Une éolienne donnée est (serait) visible pour l'observateur si une droite tirée depuis sa position jusque l'éolienne ne coupe pas le profil topographique entre lui et l'éolienne (profil éventuellement habillé par des arbres). Dans le cas présent seules les éoliennes de Rocourt/Armentières seraient sans doute cachées par la topographie.

Le graphique ci-dessus peut être enrichi par celui de la vision angulaire que l'observateur des éoliennes observe. Il n'a pas directement conscience des distances et des hauteurs, mais seulement de l'angle sous lequel lui apparaît telle ou telle éolienne.

angle : le graphe prend comme référence 0 l’horizontale tirée à l’altitude de l’observateur et donne les angles entre cette horizontale et les directions des visées vers les éléments (bas de l’éolienne, haut de l’éolienne, nacelle). Les bases d’éoliennes situées à une altitude plus basse que l’observateur font apparaître un angle négatif.
attention : en fonction du profil de topographie associé à une éolienne donnée, les base et une portion plus ou moins grande de l’éolienne ne sera pas forcément visible ; les arbres qui pourraient se trouver à tel ou tel endroit du profil peuvent cacher une portion d’éolienne.
 
Les éoliennes de Charly-sur-Marne sont bien visibles depuis la plaine de Château-Thierry, ou bien du pont Aspirant de Rougé (entre autres nombreux lieux), comme celles de Leury depuis l'entrée de Soissons à Courmelles : l'angle qui leur correspond fait environ 1 degré. Depuis Hautevesnes, le mouvement des pales  des éoliennes de Charly (à plus de 10000 m) est parfaitement visible.
 
La nuit, le paysage de cet endroit est totalement dominé par la constellation des clignotants rouges signalant la présence de chaque éolienne. C'est ainsi sur des portions énormes des campagnes françaises.
 
Lors des différentes enquêtes publiques auxquelles on assiste, lors du dépouillement des centaines de pages des dossiers, le “paysage” apparaît comme une notion artistique, modelable à l'infini selon la sensibilité du paysagiste auquel est attribué l'étude par les promoteurs. Ce qui est remarquable est alors le fait que les éoliennes du projet en question sont décrites comme ne pouvant pas être cachées, mais qu'elles magnifient le paysage proche, amplifiant éventuellement la mise en évidence de la structure de la topographie, accentuant les crêtes.
 
Les impacts paysagers des éoliennes des parcs voisins, existants ou au stade de projets concurrents sur des territoires voisins, sont eux, au contraire minimisés : leur propre parc vu de longues distances (quelques milliers de m) comme les parcs voisins, à quelques milliers de m, se voit alors décrit par une phrase sybilline : “le rapport d'échelle est favorable au paysage” ; phrase dont l'interprétation est la suivante : le paysage distant, la crête douce allongée – couverte de terres arables de couleurs différentes selon les saisons, de bois … – est la structure qui marque l'esprit, alors que la mince éolienne qui la domine un peu n'est que secondaire.
 
 
Or ce qui est rapidement vérifié, au contraire, est que cette douce ondulation du paysage lointain, longue ligne horizontale, est brisée par ces pointes fines et mobiles, de structure nette et tranchée. Nos paysages sont désormais lardés… de jour comme de nuit.
 
 
 
Bien sûr, Hautevesnes n'est pris que comme un exemple. Les éoliennes en projets des nombreux parcs de nos territoires seront visibles sur de très longues distances… On citera ici les parcs de Coupru, Lucy-le-Boccage/Marigny-en-Orxois, d'Essômes (aux premières loges) visibles depuis les villages et coteaux viticoles de la vallée de la Marne. Les bourgs et villages des vallons du Clignon, du ru d'Allan, de l'Ourcq deviennent alors observateurs privilégiés de cette invasion, de courte ou longue distance.